Actualité
Table ronde au Conseil Général pour la journée de la femme 2010, l'AFAM sera présente
Président du Conseil régional d’Aquitaine Député de la Gironde La Conseillère régionale
déléguée Solidarités, Egalité femmes-hommes, Lutte contre les discriminations ont le plaisir de vous convier à la table ronde “A leur corps défendant”, organisée dans le cadre de la Journée Internationale des droits des femmes le lundi 8 mars 2010 à 9 h 30 dans les salons de l’Hôtel de Région En partenariat avec Lettres du monde Exposition de photographies, Ariane Geffard “Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre” Merci de vous munir de cette invitation qui vous sera demandée à l’entrée R.S.V.P. avant le jeudi 4 mars 2010 à l’aide du carton réponse joint.
PROGRAMME
9 h 00 Accueil des participants
9 h 30 Ouverture de la table ronde par le Président et la conseillère régionale déléguée Christine Détrez, agrégée de lettres classiques, maître de conférences en sociologie à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon où elle assure la préparation au thème d’agrégation “corps et société”.
Auteur de plusieurs essais : A leur corps défendant, Les femmes à l’épreuve du nouvel ordre moral (avec Anne Simon, 2006), La construction sociale du corps (2002), Et pourtant ils lisent !
Elle travaille actuellement sur les pratiques culturelles des enfants et sur les trajectoires de romancières algériennes et marocaines. “Il était une fois le corps…” Si le corps peut sembler être le domaine privilégié de l’intime et de l’individualité, la sociologie, après l’anthropologie et l’histoire, montre qu’il n’en est rien : façonné, modelé, formé et conformé, le corps est un construit social autant que biologique.
L’exemple des encyclopédies sur le corps destinées aux enfants est ainsi extrêmement éloquent sur la naturalisation des valeurs symboliques et des rôles sociaux dévolus à chacun des sexes, et sur la hiérarchie implicite entre corps féminin et corps masculin.
Elodie Nowinski, professeur agrégée d’histoire, maître de conférences à Sciences Po Paris, travaille sur l’histoire de la culture populaire en France et aux USA et plus particulièrement sur la notion de transfert culturel dans la mode et la musique. Auteur de plusieurs articles dans des ouvrages collectifs : 68, Une Histoire collective (2008), La Mode des Années Soixante. L’entrée dans la modernité (2007). “Réflexions sur un moyen de libération féminine controversé : la mode” Christine Détrez, “L’expression féminine du corps : questions de littérature, questions politiques”. La production romanesque contemporaine écrite par des femmes est un lieu d’examen privilégié des enjeux liés au corps : entre reconductions et détournements, les stéréotypes liés à l’expression du corps permettent d’appréhender, de façon plus large, les normes contemporaines. Fabienne Brugère, philosophe, professeur à l’Université Michel de Montaigne, Bordeaux 3, Présidente du Conseil du développement durable de la Communauté urbaine de Bordeaux, animera le débat.
11 h 30 Echange avec les participants
12 h 45 Présentation de l’exposition “Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre” photographies d’Ariane Geffard, avec la participation d’Elisa Rigoulet, commissaire d’exposition
13 h 00 Clôture et cocktail
L'AFAM était présente au Forum des associations de Marseille
Les 6 et 7 novembre 2009, l’antenne Marseillaise de l’AFAM participait au Forum des associations placé cette année sous le signe de la culture.
C’est ainsi que, en présence de la présidente nationale laquelle avait fait le déplacement depuis Bordeaux afin d’apporter son soutien à la déléguée régionale madame Liliane Dalli organisatrice, des femmes non-voyantes, adhérentes de l’AFAM, animaient un atelier de poésie.
Des poèmes ayant pour thème «la Femme», traduits en Braille bien entendu, étaient lus par des doigts habiles devant une assemblée, tout d’abord légèrement sceptique puis conquise tant par le style que par le contenu, tant par la forme que le fond.
La présidente (auteur des poèmes en question) faisait ensuite devant le public, une brève présentation de l’AFAM et remerciait vivement madame Dalli pour le travail effectué dans la cité Phocéenne ainsi que toutes celles et tous ceux qui lui apportent son soutien lors des conférences qu’elle organise régulièrement dans les locaux de l’A.V.H. de Marseille, 4 rue des Vignerons.
Un bel exemple de solidarité et de dynamisme.
Entretien avec Mme Dalli, association AFAM - handimarseille.fr, le portail du handicap à Marseille
le portail du handicap à MarseilleLe dossier Le magazine Le guide L’annuaire
web L’agenda Emploi / Formation Un curseur entre violence et négligence
Entretien avec Mme Dalli, association AFAM
Les malvoyants ne voient pas la gifle qui arrive. Ils ont plus de mal à l’éviter
que les autres... Les malvoyants souffrent de leur handicap qui leur est trop
souvent reproché. La maltraitance est majoritairement d’ordre psychologique,
dans leur cas. Mais malheureusement, les autres facteurs sont présents... Madame
Dalli, déléguée régionale de l’AFAM, association pour les femmes malvoyantes et
maltraitées nous parle de ce problème récurrent et trop présent dans leurs vies.
HandiMarseille. - Madame DALLI, présentez-vous.
Liliane DALLI. - Je suis Liliane DALLI, mère de famille divorcée. J’ai deux
enfants, que j’ai élevés en partie seule.
À 23 ans, j’ai eu un virus aux yeux qui m’a fait perdre progressivement la vue.
J’ai été opérée des yeux plusieurs fois mais sans succès ; j’ai actuellement un
glaucome chronique qui m’a conduit vers une cécité totale. J’ai vécu mon
handicap difficilement... Quand j’étais jeune, je voyais ; j’ai perdu la vue
progressivement et il a fallu m’adapter constamment à ma nouvelle situation
visuelle, jusqu’à la cécité. C’est une vie pas très facile, que celle de la vie
d’une femme déficiente visuelle. C’est la raison pour laquelle je suis déléguée
régionale de l’Association des Femmes Aveugles et Malvoyantes (AFAM).
H - Parlez-nous de L’AFAM.
L.D - Le siège se trouve à Bordeaux. La présidente est Madame Catherine
Oelhoffen. L’association AFAM existe depuis 2004 mais le réseau de femmes
déficientes visuelles qui l’a fait naître a été créé en 2001. En fait, c’est la
suite logique d’une organisation qu’elle avait mise sur pieds en 2000 et qui
unissait déjà à travers toute la France via Internet, des femmes non malvoyantes
souffrant de solitude et désireuses de communiquer entre elles. Avant d’être à
l’AFAM, j’étais déjà dans ce réseau. J’étais, bien sûr, présente lors de la
création de notre association à Lorient en avril 2004. Unies par un réseau de
solidarité, nous nous réunissons autour d’une déléguée régionale, en Gironde,
Alsace, Provence, Bretagne etc... Afin d’échanger nos expériences, de nous
entraider mais aussi de dénoncer toute forme de discrimination dont nous faisons
trop souvent l’objet. À Bordeaux, elles se réunissent chaque semaine. À
Marseille, Nice, Nîmes ou Strasbourg c’est en moyenne une fois par mois, que
nous nous réunissons autour d’un thème de discussion ou autour d’un intervenant.
Et toutes ensemble, une fois par an, nous nous retrouvons dans l’une ou l’autre
ville française, où chaque année, l’une d’entre nous, déléguée, animant une
antenne de l’AFAM, accepte de prendre en charge l’organisation d’un séminaire
national.
H. - Quels sont les objectifs de l’association ?
L.D. - Les objectifs de l’AFAM, c’est de défendre les intérêts des femmes
déficientes visuelles en tant que femmes, comme le CODIF défend les intérêts des
femmes en général. L’AFAM organise un séminaire chaque année pour favoriser les
échanges entre femmes. Il y a des listes de discussions. L’AFAM a un site
internet [1], elle a aussi organisé des stages de self-défense. L’association
AFAM traite des sujets les plus divers. À commencer par une récrimination
récurrente des adhérentes : « Nous souhaitons avant tout être des femmes ». En
effet, comment soigner son physique, avoir une idée de sa silhouette, entretenir
son corps, sa peau, ses cheveux, se maquiller, choisir ses vêtements, les
couleurs, les tissus, comment se sentir femme malgré cette fichue impossibilité
de voir son reflet dans une glace ou dans le regard de l’autre ? L’expérience et
le savoir-faire de certaines pourront aider celles qui n’ont jamais rencontré
quelqu’un pour leur dire qu’elles sont femmes. Et puis bien sûr, on peut
toujours s’appuyer sur les professionnels en matière de beauté et de féminité.
Prendre soin de soi ne fait pas partie des capacités innées de l’individu. Les
femmes ont grand besoin d’être encouragées, conseillées, valorisées. Et puis,
comment tenir son intérieur, sans repères visuels ? La maison, c’est un peu le
refuge, là où en principe aucun danger ne menace. Et pourtant, quelle angoisse
peut générer le moindre petit bruit insolite ! Quels trésors d’adresse et de
volonté ne faut-il pas déployer pour parvenir à assumer les tâches ménagères,
quand on a comme seuls guides les mains et les oreilles. L’AFAM gère aussi les
problèmes liés à l’emploi. Travailler sans voir est possible et les exemples de
professeurs, psychiatres, hôtesses d’accueil, kinésithérapeutes pour ne citer
que ces exemples de malvoyants, ne manquent pas. Malheureusement, ils restent de
l’ordre de l’exception. Plus largement exposées au chômage que leurs homologues
masculins, les femmes malvoyantes sont bien peu dirigées vers les études. Avoir
accès à l’enseignement secondaire, apprendre un métier est encore
majoritairement réservé à la gente masculine. « Les filles n’auront qu’à
s’estimer heureuses, si elles trouvent un mari qui veuille bien d’une
“handicapée”, leur dit-on ». Si l’on sait que déjà les personnes handicapées
dans leur ensemble sont trois fois plus exposées au chômage que les valides, que
dire du sort réservé à cette catégorie de citoyens ! Cumulant les handicaps
(celui d’être une femme et celui de la déficience visuelle) nous voulons
revendiquer notre droit à l’éducation, à la qualification professionnelle, et
nous ne voulons plus être jugées sur l’apparence mais sur nos compétences. En
résumé, l’AFAM intervient dans les cas de maltraitances diverses. Ce n’est pas
une vue de l’esprit de dire que plus que les femmes valides, les femmes
déficientes visuelles sont victimes de maltraitances psychologiques, physiques,
voire sexuelles. Dans le cadre du projet Daphné, une enquête réalisée en 2002
auprès de 4000 femmes déficientes visuelles en France, Italie, Espagne a révélé
que 70% des femmes aveugles ou malvoyantes ont un jour ou l’autre, été victimes
de violences verbales en raison de leur handicap, 54% ont fait l’objet de
pressions psychologiques, 37% ont subi des violences physiques (avec parfois une
action en justice) et 13% ont été violées, la plupart durant l’enfance... Par
ailleurs, lorsque la cécité survient en cours de vie, s’il s’agit d’un homme, il
y a presque toujours une mère, une sœur, une épouse pour prendre soin de lui.
S’il s’agit d’une femme, en revanche, la solitude est presque immanquablement et
irrémédiablement au rendez-vous. 75% des femmes déficientes visuelles sont
seules, qu’elles soient célibataires, veuves ou divorcées. Lorsque la cécité
frappe une femme vivant en couple, elle qui était l’âme de la maison, se voit
totalement anéantie par la peur d’avoir perdu tout ce qui faisait sa “valeur”.
Réduite à demander de l’aide, elle qui gérait tout et dominait tout, elle se
sent coupable de ne plus pouvoir assumer correctement sa famille et peut alors
sombrer dans la dépression. Son conjoint, quant à lui, souvent déstabilisé par
ce “déséquilibre” peut parfois se sentir assailli par des sentiments nouveaux :
pitié, dégoût pour celle qui ne sait plus voir si elle est tâchée ou mal
coiffée, agressivité, rejet. De remarques désobligeantes en humiliations, il en
vient parfois à la violence. De plus, si la situation évolue vers un divorce,
combien de femmes atteintes de cécité totale ou partielle se voient retirer
leurs enfants ! Le mari faisant valoir que, en raison du handicap, la mère n’est
plus capable de s’en occuper. Alors qu’elle a seulement besoin d’être aidée, la
mère devenant aveugle est bien souvent condamnée par la justice des hommes parce
qu’on ne lui a pas laissé le temps d’entreprendre une réadaptation. L’AFAM veut
être proche de ces femmes. Reconnaître leur souffrance dans un quotidien
tellement bouleversé par cette vue qui les abandonne... L’AFAM veut aider la
femme à reconquérir sa personnalité, lui laisser le temps de récupérer quelques
forces dans un environnement bienveilllant. L’AFAM veut soutenir la femme dans
une épreuve qui la touche et qui ne laisse pas de répit.
H. - Quand et comment avez-vous connu l’association ?
L.D. - Notre présidente, Mme Oelhoffen, avait créé un réseau de femmes auquel
j’étais une des premières à être inscrite. Et c’est ainsi qu’est née
l’association, afin de mieux nous faire entendre et défendre nos droits.
Mon rôle dans cette association est de mobiliser les femmes déficientes
visuelles pour les aider à mieux vivre leur condition de femme, les informer sur
leurs droits, les soutenir en les aidant à mieux affronter leur vie quotidienne,
mieux les aider à être femme en favorisant l’échange entre elles. Régulièrement,
j’organise des conférences sur des sujets qui peuvent les intéresser, par
exemple la diététique, l’esthétique, comment affronter son handicap...
H. - Le fait que vous soyez malvoyante et femme, est-ce que ça apporte un plus à
ce que vous faites ?
L.D. - Oui, bien sûr : étant moi-même déficiente visuelle, je peux mieux
comprendre les femmes déficientes visuelles. Par exemple, on a refusé à une
femme la garde de ses enfants, sous prétexte qu’elle était non-voyante. C’est
scandaleux !
Un autre cas : une maman s’apprêtait à prendre l’avion avec sa petite fille de
trois ans, le commandant de bord a refusé qu’elle monte, il disait qu’il n’y
avait pas la sécurité pour la petite fille. Du coup, elle a raté son avion. Vous
voyez, c’est dans tous les domaines. Dans un autre registre, il y a des viols de
la part de l’entourage de ces femmes... Il y a des femmes qui ont été violées
par des proches qui venaient leur “rendre service”. Il y a eu des viols dans
différents établissements...
On a des risques plus nuisibles quand ils sont invisibles. Les personnes
voyantes voient les choses arriver. Mais nous, il faut les “sentir” et ce n’est
pas toujours évident !
H. Est-ce que vous avez adhéré tout de suite à l’association, ou bien vous avez
attendu un moment, qu’il y ait un événement spécifique ?
L.D. - Oui, j’ai adhéré tout de suite, je faisais déjà partie du réseau des
femmes, qui était dans la Fédération des aveugles de France.
H. - Pour parler plus spécifiquement de la maltraitance, pouvez-vous nous
décrire plus précisément les difficultés les plus rencontrées par ce public ?
L.D. - On trouve surtout de la maltraitance morale.
H. - Est-ce que les adhérents arrivent à parler de ce qui leur arrive ? Comment
arrivez-vous à provoquer ces confidences ?
L.D. - Lorsque nous organisons des rencontres, des femmes arrivent à parler des
problèmes qu’elles rencontrent dans leur vie quotidienne.
H. - Quelles sont les mesures que vous jugez indispensables pour éviter que
perdurent ces maltraitances ? Qu’est-ce qu’il faudrait faire ?
L.D. - Déjà, le fait que l’association existe, permet aux gens de parler entre
eux, donc ça crée une dynamique de groupe. Le fait d’être soutenu par d’autres
personnes rend les gens plus forts. C’est incontestable. Au départ, l’un des
buts de l’association a été un échange entre les femmes déficientes visuelles :
déjà, elles ont les problèmes des femmes, et en plus elles ont les problèmes de
déficience visuelle. Dans notre société où tout est basé sur le visuel, si vous
ne voyez pas, vous ne pouvez rien faire. Même les hommes déficients visuels
doivent se battre pour avoir un travail, etc. Les femmes, n’en parlons pas,
elles ont encore plus de difficultés...
H. - Lorsque la malvoyance frappe l’enfant dès la naissance, quels sont les
éléments à prendre en compte et à respecter dans ce type de problématique ?
L.D. - Essayer de l’aider, de le diriger, essayer de lui enseigner une certaine
autonomie, de l’intégrer dans la vie courante.
H. - Lorsque la malvoyance est le résultat d’un accident, est-ce qu’il y a des
mesures différentes à prendre par rapport à un enfant confronté à ce problème
depuis la naissance ?
L.D. - Ce n’est pas pareil. Il y a des instituts pour les enfants
(établissements scolaires). Pour les personnes qui perdent la vue après la
scolarité, il y a des centres de réadaptation et de formation adaptées. Il y a
des associations qui peuvent les aider. La prise en charge des personnes qui
perdent soudainement la vue ne relève pas de l’AFAM mais d’autres organismes
comme l’ARAMAV (association pour la réadaptation des aveugles et malvoyants) à
Nîmes qui s’occupe de la réadaptation des aveugles et malvoyants dans la région.
Comme par exemple, le réapprentissage des tâches de la vie journalière : savoir
tenir une maison, faire sa cuisine, apprendre à se déplacer seul avec son
handicap... Des associations comme l’association Valentin Haüy donnent des cours
de braille et d’informatique adaptés aux personnes déficientes visuelles.
H - Qu’est-ce qui vous semble primordial dans la lutte contre la maltraitance ?
L.D. - Il faut que les femmes puissent parler de leurs problèmes et saisir la
justice en toute sécurité quand il y a lieu... Cette association est faite pour
les femmes qui sont isolées, ça leur permet de mieux parler, de se retrouver
entre femmes pour discuter des cas les plus graves. On a des risques plus
nuisibles quand ils sont invisibles.
H - Vous organisez une conférence fin janvier, pouvez-nous nous dire quel en
sera le thème et comment vous l’avez choisi ?
L.D. - Le thème en sera « les troubles du sommeil ». Les personnes déficientes
visuelles ont plus souvent que les autres, des troubles du sommeil. On n’en
parle pas assez.
H - Vous avez quelque chose à rajouter pour conclure ?
L.D. - Malgré tous les obstacles, la femme déficiente visuelle arrive à
s’épanouir et à s’émanciper. Nous sommes là pour l’aider dans cet aboutissement
et dans la réussite de ses objectifs.