Que souhaitons-nous ?
Nous ne voulons plus être maltraitées ! Halte à la violence !
Non, ce n’est pas une vue de l’esprit. Plus que les femmes valides, les femmes déficientes visuelles sont victimes de maltraitance psychologique, physique voire sexuelle.
Dans le cadre du projet DAPHNEE, une enquête, diffusée à plus de 7000 exemplaires, a révélé que 70% des femmes aveugles ou malvoyantes ont un jour ou l’autre, été victimes de violence verbale en raison de leur handicap, 54% ont fait l’objet de pressions psychologiques, 37% ont subi des violences physiques (avec parfois une action en justice), 13% ont été violées, la plupart durant l’enfance.
Par ailleurs, lorsque la cécité survient en cours de vie, s’il s’agit d’un homme, il y a presque toujours une mère, une sœur, une épouse pour prendre soin de lui. S’il s’agit d’une femme, en revanche, la solitude est presque immanquablement et irrémédiablement au rendez-vous. 75% des femmes déficientes visuelles sont célibataires, veuves ou divorcées, c’est à dire seules.
Lorsque la cécité frappe une femme vivant en couple, elle qui était l’âme de la maison, se voit totalement anéantie par la peur d’avoir perdu tout ce qui faisait sa « valeur ». Réduite à demander de l’aide, elle qui gérait tout et dominait tout, se sent coupable de ne plus pouvoir assumer correctement sa famille et peut alors sombrer dans la dépression. Son conjoint quant à lui, souvent déstabilisé par ce «déséquilibre», peut parfois se sentir assailli par des sentiments nouveaux : pitié, dégoût pour celle qui ne sait plus voir si elle est tachée ou mal coiffée, agressivité, rejet et, de remarques désobligeantes en humiliations, en venir parfois à la violence.
De plus, si la situation évolue vers un divorce, combien de femmes atteintes de cécité totale ou partielle se voient retirer leurs enfants ? Le mari faisant valoir que, en raison du handicap, la mère n’est plus capable de s’en occuper. Ainsi, alors qu’elle a seulement besoin d’être aidée, la mère devenant aveugle est bien souvent condamnée par la justice des hommes parce que l’on ne lui a pas laissé le temps d’entreprendre une réadaptation.
De grâce, un peu d’indulgence ! Sachons reconnaître la femme qui souffre, qui souffre dans sa chair de femme et dans son quotidien tellement bouleversée par cette vue qui l’abandonne, accordons-lui un regard bienveillant, laissons lui le temps de récupérer quelques forces et aidons la dans la reconquête de sa personnalité.
Deux témoignages
«Sur les dires de voisins, la DDASS a retiré les deux enfants de Cécile T., motif : mère aveugle, incapable de s’en occuper correctement. Une enquête approfondie a, par la suite, démonté l’accusation. Les enfants placés en foyer, déstabilisés par cette séparation, ont retrouvé leur maman juste à temps pour passer le Noël 2004 ensemble et ce, grâce à l’intervention du service social d’une association de non-voyants ainsi que d’une attestation fournie par l’AFAM. Depuis cet épisode qui fut dramatique pour toute la famille, tout est rentré dans l’ordre mais quelles angoisses!
Odile B., grand-mère d’un petit Vincent âgé de deux ans, se voit privée par décision du juge des enfants, du droit de visite de son petit-fils sous prétexte qu’elle a perdu la vue… »
NON À DE TELLES INJUSTICES !